Elections présidentielles au Bénin, une bonne claque à la "démocratie"
Par Géraud le lundi 11 avril 2011, 10:19 - Lien permanent
Cet article du Père Alphonse Quenum résume très bien la situation. Difficile de ne pas tomber dans le pessimisme après ça.
Gouvernance au Bénin : une régression préjudiciable
Écrit par Père Alphonse Quenum
J’avais voulu faire paraître cet article dans l’organe public lundi 4 ou
mardi 5 avril, mais ne l’ayant pas vu paraître, je l’envoie aux organes de
presse privés.
Faut-il parler ? Faut-il se taire ? Ma conscience me l’ordonne :
il faut oser parler pour ne pas être complice de ce qui m’apparaît comme une
trahison de l’histoire brillante quoi que par moments incertaine de la terre de
nos pères, le Dahomey devenu le Bénin. Il faut parler parce que les dernières
élections laissent perplexe, honteux. Elles maculent la figure enviée de notre
démocratie et nous ramènent à 30 ans en arrière. C’est peu dire. Les actes sont
grotesques et maladroitement inachevés en leur déploiement. Cela ne fait pas
honneur à l’intelligence pratique du peuple béninois et à son patriotisme
modéré.
1. Tout semble avoir été ficelé de loin par le tiers intéressé actionnant
des acteurs qui se sont faits proches par représentation diplomatique ou par
générosité calculée. Il faut regarder du côté de l’ambassadeur de France resté
sur place pour achever sa mission pour des élections utiles ; il faut
aussi regarder du côté de l’Union Européenne et du système des Nations Unies où
l’on a sablé le champagne même pour une LEPI bâclée. Il faut enfin regarder du
côté de ceux qui prennent d’assaut les installations portuaires de la côte
ouest-africaine aux prix les meilleurs en contribuant à fabriquer les chefs
d’Etat : tout convient, hélas, à cette fin. Même le grand Nigéria de
Goodluck qui sollicite une place permanente au Conseil de Sécurité, s’est
illustré dans un petit rôle en venant acquiescer le malfaire. La
pseudo-démocratie préparée pour cette stratégie explique le caractère cavalier
et arrogant des acteurs du-dedans. Ils sont nos frères. Cependant leurs
attitudes n’honorent guère ce pays qui a fait tancer gouverneurs et
administrateurs durant la période coloniale en gardant la tête haute sans
d’autres fortunes que celles de son intelligence et de son souci de quête de
respect.
Les choses ont été trop faciles pour le diplomate français. Nos pères étaient
plus coriaces. On comprend que ces acteurs du-dehors aient été les premiers à
envoyer des félicitations aux mépris du mal-être général qui engourdit le
pays.
2. j’ai évoqué les acteurs du-dedans. Certains, à l’orée de leur vie
publique, avaient fait croire qu’ils rêvaient d’une « Afrique debout ». On
constate qu’ils intriguent pour la mettre à genoux au crépuscule de leur vie.
Leur attitude ne surprend plus, d’autres étonnent parce qu’on les connaît mal.
Dans tous les cas, les ressentiments inavoués, la boulimie du pouvoir et les
appétits insatiables d’avoir ont sacrifié l’avenir de notre pays. Car celui-ci
ne peut pas être, pour les jeunes d’aujourd’hui et de demain, du côté où on a
précipité les choses.
3. Les résultats étant acquis à 53% avant même les élections pour celui qui
ne devait pas connaître un second tour, les élections ne pouvaient être qu’un
prétexte. On comprend pourquoi les grands acteurs ne s’embarrassaient pas de
scrupule. On a dit que beaucoup d’argent a circulé. Il est évident que notre
peuple ne retrouvera jamais cet argent pour son développement. Ceux qui le
donnent savent comment ils le récupèrent. 4. Vous comprenez alors pourquoi, en
amont et en aval, il n’y avait aucune considération pour le peuple béninois et
que le droit a été piétiné tantôt avec morgue et arrogance, tantôt avec cynisme
et violence. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est ni beau, ni grand
pour personne. On ne peut entrer dans l’histoire à reculons. Je comprends le
mépris de ceux qui ont plaisir à se jouer de nous. Mais je comprends bien moins
la traîtrise de ceux qui se sont prêtés à ce jeu en cassant ce qui s’essayait
tant bien que mal, sur cette terre béninoise, pour assurer des raisons de vivre
chez soi pour nos enfants, nos petits enfants et arrière-petits
enfants.
Il ne faut pas sous-estimer ce qui advient sous nos yeux : c’est une
régression dangereuse, un appauvrissement préjudiciable et une descente subtile
vers une dictature programmée. Le modèle qui l’inspire n’est pas loin, c’est le
modèle togolais. Il faut en être conscient. Je voudrais ne pas être un prophète
de malheur.
En décembre 1974, face à un marxisme-léninisme incongru adopté par le PRPB pour
le Bénin comme guide philosophique, j’avais dit que « l’Afrique avait
mieux à faire que de mimer un monde fini ou finissant ». On a vu la suite. En
Côte d’Ivoire, un an et demi avant la crise, en septembre 2001, j’avais écrit
que « ce pays était « une poudrière en sursis » et que, si
l’expression était trop forte, il fallait convenir que le feu couve sous la
cendre ». Voyez les effets. Il vaut mieux prévenir que d’avoir du mal à guérir.
Cela est un devoir pour tous. Ceux qui ont leurs intérêts rivés à leur ventre,
y perdront autant que nous tous.