Le-couple-Jah.jpg Imaginez des familles noires américaines émigrant par vague vers l’Afrique. Imaginez un afflux de plus en plus croissant de ces personnes vers le continent noir, la terre de leurs ancêtres déportés en Amérique par les négriers. On n’en est hélas pas encore là. On en est peut-être encore loin. Mais cette perspective, la famille JAH y crois très fort. Le 15 Avril 1997, cette famille française rastafari de la Guadeloupe débarquait au Bénin, la terre d’où ses ancêtres auraient été déportés.
Retourner définitivement en Afrique après plusieurs siècles "d’exile". Le projet paraît bien évidemment audacieux. Certains l’avaient même trouvé complètement débile. « Les médias européens nous avaient donné trois mois pour repartir en Guadeloupe », déclare toute émue Mère JAH, comme on l’appelle affectueusement au Bénin.
Dix ans après, elle n’a pas regretté sa décision de suivre son mari, le Père JAH, leurs quatre enfants et quelques uns de leurs neveux, abandonnant les nombreux privilèges que leur offre la nationalité française.
Pour elle comme pour sa famille ce retour est une victoire, «une victoire sur une histoire qui avait déjà écrit "la porte du non retour" mais que nous faisons mentir par ce retour ». La famille JAH est très populaire au Bénin où elle bénéficie d’un accueil très hospitalier de la part des populations qu’elle côtoie. Ce retour a d’ailleurs été encouragé par l’ancien président Mathieu Kérékou lui-même.

Aujourd’hui, la famille anime une école, "l’école endogène Jardin de la Fraternité" qui accueille et éduque chaque année des dizaines d’enfants démunis. Elle a initié également un projet d’agriculture biologique au profit des adolescents et jeunes béninois désireux de pratiquer l’agriculture. Et pour ne pas être un sas unique (car il faut bien reconnaître que cette expérience ne fait pas encore beaucoup d’émules), la famille JAH a créé une ambassade culturelle de la diaspora du peuple de Jah (le peuple de Dieu) pour "permettre aux générations déportées d’avoir une adresse (…) en terre d’Afrique". La-famille-Jah.jpgCette structure organise chaque année des pèlerinages en terre africaine pour des africains américains. Mais cette expérience, loin s’en faut, n’est pas une partie de plaisir. Quelques petits écueils persistent encore. Mais "ils sont dus à l’ignorance et à l’amnésie des africains d’aujourd’hui qui ont oublié ce crime perpétré contre leur race", banalise le Père JAH qui assure que cela ne peut qu’être passager.