Un procès géant des institutions financières internationales dans une concession à Bamako, avec une maisonnée vaquant aux occupations habituelles, à la fois attentive et indifférente aux débats. C’est le résumé souvenir que je garde de Bamako, la dernière œuvre du cinéaste africain Abderrahmane Sissako que j’ai eue l’occasion de voir en avant-première au 34ème Festival International du Film de la Rochelle. Bamako.gif
Bamako, mêle drame de couple et engagement politique. Le réalisateur y dénonce l'hypocrisie du Nord vis-à-vis des pays du Sud . Les programmes d’ajustement structurel imposés à l’Afrique par le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale, engendrent la misère et le désespoir qui poussent à des actes suicidaires telles que les aventures tragiques de l’immigration vers l’Europe.
Avant sa sortie officielle en France le 18 Octobre 2006, le film avait déjà été très bien accueilli à Cannes et à la Rochelle. Il recevra le prix spécial du jury aux Journées Cinématographiques de Carthage en novembre 2006 et le Grand prix du public de la quatrième édition du festival Paris Cinéma. C’est incontestablement l’un des films africains majeurs de 2006. Son rayonnement continue grâce à des projections débats qui se font un peu partout en France. Les prochaines programmations auront sans doute lieu dans les villes ci-après :

  • 26/01/07 - à Mont Saint-Aig
  • 29/01/07 - à Salies de Béarn (Cinéma Le Saleys)
  • 30/01/07 - à Sèvres
  • 01/02/07 - à La Châtre
  • 09/02/07 - à Achères (Cinéma le Pandora)
  • 27/02/07 - à Chateaugiron


Dans la logique de ces débats, la seule critique que je peux formuler concerne le thème principal du film. J’ai en effet eu l’impression que les institutions financières internationales sont les seules responsables des maux dont souffre l’Afrique. Comment expliquer l’extrême pauvreté des populations alors que le sous-sol africain est riche en ressources naturelles ? Comment comprendre l’inconscience de certains chefs d’Etats africains accrochés au pouvoir pendant que les pays sont paralysés par la corruption, l’affairisme et une gestion hasardeuse? L’Afrique souffre certainement du diktat de l’Occident mais elle croupit davantage sous la corruption. Celle-ci a été certes abordée dans le film, seulement la présentation qui en a été faite est sans commune mesure avec la réalité observée dans beaucoup de pays africains. Est-ce une autocensure de l’auteur ? Nous réserve t-il un autre film sur le sujet ? En dépit, de ma petite réserve sur cet aspect, Bamako reste un film qui a posé un vrai problème de développement de l’Afrique et qui a donné la parole aux « sans voix ». C’est un film à voir absolument.