Bamako: la justice des sans voix
Par Géraud le mercredi 24 janvier 2007, 00:10 - Opinions - Lien permanent
Un procès géant des institutions financières internationales dans
une concession à Bamako, avec une maisonnée vaquant aux occupations
habituelles, à la fois attentive et indifférente aux débats. C’est le résumé
souvenir que je garde de Bamako
, la dernière œuvre du cinéaste africain
Abderrahmane Sissako que j’ai eue l’occasion de voir en avant-première au 34ème
Festival International du Film de la Rochelle.

Bamako
, mêle drame de couple et engagement politique. Le réalisateur y
dénonce l'hypocrisie du Nord vis-à-vis des pays du Sud
. Les programmes
d’ajustement structurel imposés à l’Afrique par le Fond Monétaire International
et la Banque Mondiale, engendrent la misère et le désespoir qui poussent à des
actes suicidaires telles que les aventures tragiques de l’immigration vers
l’Europe.
Avant sa sortie officielle en France le 18 Octobre 2006, le film avait déjà été très
bien accueilli à Cannes et à la Rochelle. Il recevra le prix spécial du jury
aux Journées Cinématographiques de Carthage en novembre 2006 et le Grand prix
du public de la quatrième édition du festival Paris Cinéma. C’est
incontestablement l’un des films africains majeurs de 2006. Son rayonnement
continue grâce à des projections débats qui se font un peu partout en France.
Les prochaines programmations auront sans doute lieu dans les villes
ci-après :
- 26/01/07 - à Mont Saint-Aig
- 29/01/07 - à Salies de Béarn (Cinéma Le Saleys)
- 30/01/07 - à Sèvres
- 01/02/07 - à La Châtre
- 09/02/07 - à Achères (Cinéma le Pandora)
- 27/02/07 - à Chateaugiron
Dans la logique de ces débats, la seule critique que je peux formuler concerne
le thème principal du film. J’ai en effet eu l’impression que les institutions
financières internationales sont les seules responsables des maux dont souffre
l’Afrique. Comment expliquer l’extrême pauvreté des populations alors que le
sous-sol africain est riche en ressources naturelles ? Comment comprendre
l’inconscience de certains chefs d’Etats africains accrochés au pouvoir pendant
que les pays sont paralysés par la corruption, l’affairisme et une gestion
hasardeuse? L’Afrique souffre certainement du diktat de l’Occident mais elle
croupit davantage sous la corruption. Celle-ci a été certes abordée dans le
film, seulement la présentation qui en a été faite est sans commune mesure avec
la réalité observée dans beaucoup de pays africains. Est-ce une autocensure de
l’auteur ? Nous réserve t-il un autre film sur le sujet ? En dépit,
de ma petite réserve sur cet aspect, Bamako
reste un film qui a posé un
vrai problème de développement de l’Afrique et qui a donné la parole aux
« sans voix ». C’est un film à voir absolument.
Commentaires
J'avoue que j'ai eu beaucoup de mal avec la forme de ce film. Les séquences de monologue dans la cour intérieure de la maisonnée étaient parfois un peu trop longues. Comme tu le dis, j'ai aussi eu l'impression que seule la banque mondiale internationale était critiquée.
Les scènes étaient peut être trop réalistes. Les monologues sont en effet pareils dans la vie réelle en Afrique, lorsque les adultes sont en conseil...Du reste, je pense qu'un changement de mentalité induirait beaucoup de changements en Afrique