kaleta.gif __ Noël !!! C’est très proche et l’effervescence des préparatifs est perceptible dans les villes françaises avec la décoration particulière des rues et des appartements qui s’affine au jour le jour. La fièvre de l’imminence de la fête est également remarquable dans les grandes surfaces et magasins. L’affluence particulière en ces lieux et le défilé de caddies remplis de jouets constituent des signes qui ne trompent pas. Noël, en France, reste une fête familiale, une occasion où « le Père Noël » fait des cadeaux aussi bien aux enfants qu’aux adultes.
A mille lieux de Paris, à Cotonou la capitale économique du Bénin, la fête de Noël s’annonce aussi. Des rues sont plus ou moins décorées avec des guirlandes et des portraits du Père Noël (avec sa barbe blanche et son manteau rouge) qui trônent sous une température de 32° environ. Dans les magasins, les jouets pour enfant et les soldes en général rivalisent. Ici, Noël, c’est avant tout la fête des enfants. C’est aux enfants qu’on fait des cadeaux. A comparer aux enfants en France, le Père Noël ne passe pas systématiquement et le nombre de cadeaux reçu par enfant est très limité. Ils sont donc très nombreux les enfants qui ne reçoivent aucun cadeau. Pourtant, ils fêtent Noël à leur façon.__

Les masques kaléta

C’est fréquent de rencontrer en novembre décembre dans les rues au Bénin, des groupes d’enfants ou d’adolescents accompagnant un masque. Il s’agit des groupes de Kaléta. C’est souvent un groupe d’une dizaine de personnes, une bande structurée en chanteurs en joueurs d’instruments (sommaires) avec un ou deux enfants accoutrés et masqués. Ils circulent de maisons en maisons offrant leur show et moyennant la gratification de quelque menue monnaie. Des chansons populaires de Noël sont exécutées et le Kaléta (le masque) danse avec brio. Après la gratification, une chanson de remerciement ferme la marche. Mais lorsque le spectacle n’est pas suivi du geste attendu, la séance est conclue avec une chanson dédiée à l’avare, tout ceci dans une ambiance conviviale.
Kaléta, à l’origine est importé du Brésil. C’est l’héritage du retour massif d’anciens esclaves du Brésil sur le Golfe du Bénin entre 1830 et 1835. Il ressemble assez bien au Buriyan, danse festive de masques caractéristique des milieux Agouda (nom donné aux afro-brésiliens) de la ville de Ouidah (Anciennement cité de départ des esclaves, Ouidah portent encore aujourd’hui les cicatrices de ce passé douloureux).
Depuis lors, la tradition du Kaléta a été appropriée et transmise de génération en génération par les enfants au Bénin. Il reste néanmoins un show exclusif de la période de Noël durant lequel les enfants se font doublement plaisir. La joie de chanter, de jouer en groupe et la possibilité de se faire des sous. Un groupe bien organisé et dynamique, avec un masque original peut s’attendre à un partage conséquent à la fin de la tournée.
Au fil des ans, ils sont nombreux ceux qui pensent que cette bonne ambiance de Noël s’émousse. L’urbanisation, le coût des masques, les contraintes liées à la constitution de groupes… en seraient les causes. Il est tout de même évident que de nouvelles pratiques plus solitaires ont vu le jour. Beaucoup d’enfants se mettent à la fabrication de crèche.

Les cartons ambulants

Les enfants qui n’ont pas envie ou qui n’ont pas la possibilité de constituer des groupes ont eu l’idée de la fabrication de crèche. Un carton, quelques images religieuses et gadgets, des bougies et ça y est ! La crèche est prête à être promenée. Le principe est similaire à celui du Kaléta. La crèche est présentée aux adultes avec une chanson de souhait de vœux, contre gratification, bien entendu. Cependant ce n’est pas drôle de promener les crèches la journée. Les cartons ambulants ont plus de succès le soir : la bougie illumine les images. Ceux qui sont les mieux décorés se font remarquer facilement dans le lot des cartons lumineux ambulants qu’on rencontre sur les places publiques ou dans les rues. La présentation de la crèche s’accompagne toujours d’une seule et même chanson « Dodémè kpo homè hun hun kpo.. . », refrain d’une chanson chrétienne d’appel à contribution. Seulement l’appel n’est pas toujours entendu par les adultes.
Si les groupes de kaléta arrivent encore à séduire avec le masque et l’originalité de l’accoutrement, les cartons ambulants quant à eux peinent à convaincre les adultes à mettre la main à la poche. Pour autant, les enfants ne se découragent pas. Apparemment, ils savent bien s’amuser à Noël.