J’ai vu au cours de mes voyages dans des pays d’Afrique au sud du Sahara,
beaucoup de masques en magasins et parfois des masques dansants. Pour avoir
baigné dans l’environnement des masques depuis mon enfance, rien d’étonnant
pour moi.
Le premier masque, je l’ai vu à trois ans. Il s’agit du masque Kaléta et
j’en avais très peur. Je m’en souviens comme si c’était hier. Bien évidemment,
j’ai su plus tard que c’était du divertissement et qu’il ne faut pas fuir à
l’approche du Kaléta.
Pourtant,
nombreux sont les masques au sud du Bénin qui restent pour moi des mystères.
Ils sont en effet présentés comme étant du Vaudou et seuls les adeptes ou les
initiés ont le droit de les approcher. Les masques ont dans mon pays, une
fonction culturelle et cultuelle très importante.
Cet article ne sera donc qu’une présentation simpliste et facile des masques au
Bénin. Car en la
matière, tout n’est pas dit et tout ne se dit pas. Les traditions du masque
sont encore ésotériques et se transmettent lors des initiations dans les forêts
sacrées ou dans des temples dédiés.
Je vois les masques en deux catégories : les masques de divertissement et
les masques sacrés.
Kaléta et Buriyan
Ces deux sortes de masques sont des résidus de transmissions culturelles liées
au retour des anciens esclaves brésiliens sur la Côte des esclaves au XIXème
siècle. Ils sont très proches des masques des carnavals du Brésil
actuel.
D’un côté le'' Kaléta'' reste une danse festive et joyeuse des enfants, dans les
rues en période de Noël. De l’autre, le Buriyan est utilisé pour égayer
les fêtes et les cérémonies principalement chez les Agouda (milieu
afro-brésilien de Ouidah et de Porto-Novo). Il alterne danses et comédies
mettant en exergue différents personnages. A ces deux masques, on peut ajouter
les échassiers masqués qui jouent pratiquement le même rôle.
Le deuxième groupe de masques regroupe ceux qui sont considérés comme étant
sacrés et ayant une fonction cultuelle bien déterminée. IL faut distinguer
également dans cette catégorie, les masques objets et les masques
animés.
Les masques objets :
Il s’agit de tous les masques en bois, en terre cuite, en métal qui
représentent les jumeaux, les ancêtres ou des divinités.
Les jumeaux
Les jumeaux (Ibédji, Hovi) sont presque vénérés dans
la culture fon et yoruba. La tradition et les croyances considèrent qu’ils
apportent la paix, la prospérité, le bonheur dans le foyer où ils sont nés.
Quand un jumeau meurt, une figurine sensée le représenter est sculptée. La
statuette est supposée conserver son âme. Les parents du défunt ont
l’obligation de prendre soin indéfiniment et symboliquement de cette statuette
(nourriture, bain, vêtement…) comme s’il était vivant.
Les divinités
On les retrouve au marché, sur les places publiques, devant des maisons, à
l’entrée de villages, dans les couvents et dans les sanctuaires et temples du
Vaudou etc. Des soins sont également pris et des cérémonies sont faites souvent
pour toutes ces masques qui sont l’incarnation physique d’un esprit, d’un
ancêtre ou d’une divinité. Ces masques jouent un rôle très important dans les
représentations et dans les croyances.
Les masques animés
Ils sont considérés aussi comme étant des Vaudous, c'est-à-dire des divinités
incarnées. On en distingue plusieurs sortes :
Zangbéto
Littéralement signifie en langue Fon, « l’Homme de la nuit ». Dans les
anciens royaumes du sud du Bénin (Porto-Novo notamment) , ils jouent le rôle de
gendarme. Ce rôle de sécurité dévolue subsiste encore aujourd’hui. Ce masque
peut être vu en journée avec son accoutrement en forme d’une case conique en
pailles.
A
l’occasion de cérémonies, ils sortent, dansent et exécutent de tour de
« magies ». Ils parlent souvent mais leurs paroles sont souvent
entrecoupées de sons de trompe en corne. Mais le ''Zangbéto'', comme son
nom l’indique (Homme de la nuit) est un masque noctambule. Il a une grande
activité la nuit. Seuls les initiés ont le droit de participer à ces activités.
Je ne peux pas en dire davantage. Sachez simplement, qu’ils jouent un rôle de
sécurisation de l’endroit où ils sortent la nuit.
Egun ou Kouvito
Il s’agit des maques revenants. Ce sont des masques de la culture Yorouba,
qu’on retrouve également chez les Fon. Ils incarnent les défunts d’une famille
ou d’une collectivité familiale. Ils sortent surtout dans le cadre de cérémonie
consacrées aux défunts. Ils font d’abord le tour de la ville ou du village
avant de donner un grand spectacle à la place publique. Certains de ces masques
aiment courir après les enfants et adolescents qu’ils flagellent au passage.
Ils parlent, souvent en Yoruba, avec une voix nasillarde. Il est recommandé de
ne pas les toucher et d’éviter que leur accoutrement ne vous touche. Car ça
porte malheur selon la tradition.
Guèlèdè
C’est le masque spécifique de sociétés secrètes des femmes de la culture
Nago-Yoruba du Bénin. Les hommes accompagnent en tant que porteurs de masques
et musiciens. Le rituel de ce masque exprime la mauvaise conscience de l’homme
vis-à-vis de la femme et loue par la même occasion, la déesse mère créatrice
Odoudoua. Le Gèlèdè sort donc pour apaiser les femmes et ramener l’harmonie
sociale. La danse des masques est précédée d’une grande cérémonie nocturne à
distinguer de la danse festive en journée. La danse Guèlèdè est inscrite au
patrimoine mondial intangible par l’Unesco. 
Oro
C’est aussi un masque caractéristique de l’aire culturelle Yoruba. C’est un
masque qui abrite les forêts sacrées. Seuls les initiés peuvent participer aux
rituels de ce masque qui sort essentiellement la nuit. De grandes cérémonies
annuelles ont lieu dans certaines localités du sud-est du Bénin. Lors de ces
cérémonies qui peuvent durer plusieurs jours parfois, il est strictement
interdit aux non initiés de mettre le nez dehors.
Bliguédé
C’est un masque de société secrète de nuit. Il sort donc la nuit et joue,
semble t-il, un rôle de sécurisation physique et métaphysique. Il est conseillé
d’éviter le secteur où ils (masques et accompagnateurs) sont la nuit. C’est un
masque que j’ai rencontré dans des villages de l’aire culturelle Aïzo au Sud du
Bénin. Leurs
cérémonies sont signalées à l’entrée des villages par un long bambou planté,
décoré de rameaux de palmier.
La liste des masques n’est pas exhaustive et ce texte n’est qu’un indicatif,
une brève présentation de la richesse culturelle que constituent les masques au
Bénin. Il est
cependant très important de signaler que le pays est fortement axé sur les
valeurs et le patrimoine traditionnels. Ces différents rituels des masques sont
des pratiques ancestrales qui subsistent aux changements sociaux et à la
modernisation. C’est d’ailleurs grâce à ces dernières que des forêts sacrées
existent encore aujourd’hui.
C’est bien et intéressant d’aller voir les masques danser lors des
cérémonies organisées en journées et au cours des quelles des spectateurs non
initiés sont admis. En revanche, il ne faut JAMAIS s’amuser à
braver les interdits et chercher à percer le secret des masques la nuit
surtout. Cela relève du domaine du tabou, de l’inviolable. Ceux qui veulent en
savoir davantage peuvent demander l’initiation.