Regard'ailleurs

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dimanche 30 octobre 2011

Printemps arabe : une révolution peut en cacher une autre…

Le dictateur est finalement tombé en Lybie et les anciens rebelles, nouvelles autorités proclament la libération du pays et la nouvelle ère. « Levez haut vos têtes. Vous êtes des Libyens libres », a déclaré le vice-président du CNT, Abdel Hafez Ghoga. Dans le même temps la Tunisie est allée aux urnes et les médias s’empressent d’annoncer une « élection historique, un véritable succès démocratique ». Drapeau de la Tunisie
L’impulsion des révoltes arabes qui a démarré dans ce pays continue de faire des morts ailleurs. Et c’est sans doute le sacrifice à consentir pour une aspiration légitime des peuples à la liberté.

Pour ceux qui ont passé le cap du soulèvement et de la confrontation avec les anciens pouvoirs, le plus dur commence. A coup sûr, un nouveau système viendra remplacer celui combattu et déchu. Sera-t-il transparent et incorruptible ad vitam aeternam ? Rien n’est moins sûr.
L’histoire a connu moult révolutions et dans la pratique, ce sont des tiers qui finalement en profitent, tout en la dépouillant de son âme, de ses aspirations originelles, au nom du même peuple. Aujourd’hui encore, j'ai l'impression que l’histoire s’écrit devant nous, têtue.

Les imposteurs de tous acabits sont aux aguets, se frottant les mains. Ils n’ont pas les mêmes intérêts, ils ne sont pas du même clan mais tels de lugubres vautours, ils sont aux portes et attendent le bon moment. Au nom de la démocratie, au nom de leur soutien supposé à la révolte, ils vont piller les ressources, asseoir leur domination et installer un nouveau système, en fait le même qui a été combattu.

C’est du déjà vu et je crains malheureusement qu’on soit à l’aube d’un nouveau marché de dupe. Le roi est mort, vive le roi.

dimanche 31 juillet 2011

Le 1er août au Bénin…encore une journée de leurres ?

Ca fera 51 ans le 1er août 2011 que la République du Bénin, ex Dahomey, a accédé à l’indépendance. Ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest a dès lors connu une histoire tumultueuse avec des hauts et des bas. On retiendra qu’à l’une de ses heures les plus sombres, le peuple a su trouver, par un système de conférence nationale souveraine, une ingénieuse manière pour remettre le pays en selle. C’était en février 1990.

benin_juillet2010_275.jpg

Aujourd’hui, les acquis de cette révolution en douceur s’estompent, les ardeurs et les espoirs suscités se sont émoussés. Démocratie, liberté de presse, élections transparente, bonne gouvernance, quartier latin d’Afrique…ce sont des termes dont on aime se gargariser sur place et qui ont de moins en moins de sens.

Le lundi 1er août, la commémoration de l’indépendance se fera avec faste à Natitingou, une ville phare du Nord-ouest du pays, à plus de 700km de la côte. La fièvre des préparatifs est perceptible et annonce, pour ce cycle annuel, la liesse patriotique circonstancielle dans un éclat de défilés, de discours et de spectacles. On s’attend donc à un long weekend de fête qui a commencé vendredi avec ce qui est localement appelé la « journée continue » : l’administration travaille en continue de 8h à 16h. Des conjectures annoncent que le mardi 2 août pourrait être férié in extrémis sur décision des autorités. C’est de coutume aussi.

Pourtant les béninois vivent depuis 5 ans, une situation de morosité économique quasi générale marquée par la vie chère, la corruption et des tensions politiques.

C’est dans ce contexte, qu’il y a un an, l’affaire ICC service encore appelée « affaire Madoff à la béninoise » a éclaté. Près de 200 millions de dollars ont été escroqués auprès de milliers de citoyens épargnants, par des établissements financiers sur fond de promesse de taux d’intérêts mirobolants. L’affaire est survenue avec la complicité coupable de certaines autorités.

Le gouvernement actuel a fait des promesses de remboursement mais les victimes de cette grosse arnaque attendent toujours et beaucoup de zones d’ombre demeurent.

Les dernières élections présidentielles et législatives n’ont rien arrangé, s’étant déroulées dans un cafouillage monstre, bien orchestré, remettant en cause la crédibilité et la faiblesse de notre système électoral et révélant notre grande fermeture à une démocratie moderne porteuse d’espoirs. Espoirs transformés en abîme de désespoirs pour une jeunesse désemparée soumise au chômage, ne sachant où donner de la tête, obligée qu’elle est de s’abreuver à la source des promesses sans lendemain et de prêter le flanc, par dépit et par nécessité de survie, aux jeux des « politiciens » aveugles et égoïstes à la recherche du personnel actif pour leurs desseins électoraux.

A la veille de la fête de l’indépendance, les nouvelles ne sont pas meilleures. Bien au contraire. Le classement 2011 des économies de tous les pays pour le magazine américain Forbes met le Bénin dans les 10 « pires dégradations économiques de ces trois dernières années », avec, une croissance de son PIB retombée de 4%à 2,5%.

Les défis sont grands pour relever le pays de cette ornière.

Les béninois attendraient-ils toujours l’homme providentiel ?

lundi 20 septembre 2010

Afrique mon Afrique

Cinquante ans d'indépendance volée... Je reviens aujourd'hui à mon blog avec ce poème militant et exorcisant

"Afrique mon Afrique"

"Afrique Afrique mon Afrique Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales Afrique que chante ma grand-mère Au bord de son fleuve lointain Je ne t`ai jamais connue Mais mon regard est plein de ton sang Ton beau sang noir à travers les champs répandu Le sang de ta sueur La sueur de ton travail Le travail de l'esclavage L`esclavage de tes enfants

Afrique dis-moi Afrique Est-ce donc toi ce dos qui se courbe Et se couche sous le poids de l'humilité Ce dos tremblant à zébrures rouges Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit Fils impétueux cet arbre robuste et jeune Cet arbre là-bas Splendidement seul au milieu des fleurs Blanches et fanées C`est L'Afrique ton Afrique qui repousse Qui repousse patiemment obstinément Et dont les fruits ont peu à peu L’amère saveur de la liberté."

Poème de David Diop (Coups de Pilon)

jeudi 4 décembre 2008

Mon premier vote en France !

Eh oui ! j’ai voté hier pour les élections aux prud’hommes. C’est une première pour moi, après plus de quatre années en France. J’ai voté in extremis, car jusqu’à la veille, je me croyais non inscrit. Je n’ai en effet pas reçu ma carte électorale…Seulement, une collègue a eu la présence d’esprit d’aller consulter le site officiel. Il nous est apparu qu’on pouvait aller voter sans carte d’une part et que l’inscription était faite à l’occasion des déclarations sociales (faite par l’employeur) d’autre part. J’ai donc été très heureux de voir mon nom inscrit sur la liste consultable sur internet.

Ce votre, le premier en France est pour moi très important. D’abord parce que c’est un devoir de citoyen. Ensuite, j’ai mis un grand point d’honneur à accomplir ce droit/devoir en France où mon existence est suspendue à un hypothétique titre de séjour que je dois renouveler chaque année, souvent au prix d’interminables et d’humiliantes péripéties. C'est donc une façon de faire entendre ma petite voix.

J’ai donc voté, et comme je ne connaissais pas bien le milieu syndicaliste, j’ai donné ma voix à un syndicat connu. Ce dernier s’étant illustré ces derniers temps dans la défense des sans papiers travailleurs.

Un seul bémol à signaler, l’isoloir, à mon goût ne respectait pas tant que ça la confidentialité. Une fenêtre attenante en vitre, éclairée à l’intérieure, pouvait laisser voir ce qui rentrait dans les enveloppes à des yeux indiscrets de l‘immeuble en face. Mais tant pis, je suis content d’être allé voter.

lundi 21 avril 2008

Mobilisation contre le paludisme

Un enfant meurt toutes les 30 secondes, ce qui fait environ 3000 enfants par jour.
Le paludisme tue selon l'OMS, plus d'un million de personnes par an. *90% des décès ont lieu en Afrique et touchent principalement les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. C'est la 4ème cause de mortalité chez les enfants en Afrique devant le SIDA.
2/3 de la population mondiale sont exposés au paludisme. 350 à 500 millions de cas cliniques de paludisme sont recensés chaque année, dont 80% en Afrique. A l'occasion du 25 avril journée mondiale de lutte contre le paludisme, soutenons les actions de mobilisation contre ce fléau : www.luttercontrelepaludisme.fr

Ecoutons une chanson contre le paludisme réalisée par l'association PACAPE en collaboration avec Papa Wemba et plusieurs autres artistes.

mardi 28 août 2007

Carnet de voyage Bénin

Bernard_279.JPGAprès deux ans d’absence, j’ai fait un tour au pays. J’y ai passé un peu plus de deux semaines. C’est peu mais j’ai pu faire beaucoup de choses et, j’ai pu rencontrer pas mal de personnes.
A mon arrivée, mon dépaysement n’a guère duré. Tout me semblait si familier, si proche, comme si j’étais toujours resté dans le pays. J’ai trouvé Cotonou un peu terne mais toujours vivante, chaleureuse et conviviale. Pour faire pratique et comme tout le monde d’ailleurs, j’ai repris la moto pour circuler dans la ville. Ca a été dur la première fois. J’ai eu du mal à m’engager. Tout allait dans tous les sens, les feux tricolores (de là où j’étais) ne fonctionnaient pas et la vigilance et le bon sens devraient faire office de code de la route…Mon hébétude n’a pas duré, mes vieux réflexes de Cotonois me sont très vite revenus. Au bout de deux jours, j’étais comme un poisson dans l’eau. PENTAX Image

J’étais content de retrouver tous mes amis, enfin pas tous. Les deux principaux opérateurs de téléphonie mobile ont maille à partir avec le gouvernement béninois et sont sous le coup de la sanction. Les réseaux ont été coupés et je ne savais plus comment joindre certains. De toutes les façons, c’était une bonne excuse pour ne pas aller voir tout le monde. Mon temps était compté et j’avais plein de choses à faire. Entre autres, je devais travailler sur mon projet de site internet www.cotonou-ca-bouge.net et donner un coup de main à mon association Sud Horizon qui accueille un chantier de solidarité internationale.
lac.jpgSud Horizon est une association de droit béninois que j’ai créé avec des amis artisans, juristes, journalistes, assistants sociaux, médecins, élèves, étudiants…depuis 2002. C’est une association qui œuvre dans les domaines de la culture et de la communication. L’un de ses projets phares, c’est de réaliser un studio de production de la musique traditionnelle et de lancer un festival pour promouvoir ses rythmes locaux et traditionnels en déperdition. Avec l’appui des autorités communales de la ville d’Allada (située à environ 50km au nord de Cotonou) qui ont concédé le site à réfectionner, l’association s’est tournée vers la formule de chantier international de jeunes.
Après un premier chantier qui a eu lieu en décembre 2005, Sud Horizon a reçu cet été des jeunes du Village Educatif Saint Philippe de Meudon. Ce sont de jeunes élèves de la Fondation d’Auteuil accompagnés de quatre adultes (leurs professeurs). Ils sont élèves en électrotechnique et en horticulture. Avec leurs homologues béninois (des élèves aussi) et les membres de Sud Horizon, ils ont, pendant trois semaines, fait un travail impressionnant. Efficacité, technicité, savoir faire, bonne humeur, cohésion …ont été conjugués et le résultat est là : le studio de production de la musique traditionnelle est fini !!! Eh oui fini en un temps record. Un festival de musique traditionnelle a été organisé afin pour faire connaître le studio. On a vu défiler 15 groupes de musiques. Les trois meilleurs groupes ont remporté des prix intéressants avec une promesse d’enregistrement derrière. Sud Horizon, a pris rendez-vous pour un nouveau festival dans un an. En attendant, elle travaillera au lancement de ses programmes et activités en faveur de la musique traditionnelle au Bénin.

Revenons à ma principale mission au pays. Conduire le projet de site de cotonou-ca-bouge à terme. Avec Bertrand (rédacteur sur ce blog), j’ai pris pas mal de contacts à Cotonou, nous avons fait beaucoup de reportages photos sur la ville afin d’illustrer nos articles. En fait ce site se réalise sur le model de www.ouaga-ca-bouge.net avec des amoureux de Cotonou qui se sont constitués en association et qui veulent partager leur passion de cette ville. Cotonou-ca-bouge.net est un site portail de la première ville du Bénin. Voila, la petite équipe est constituée et le site sera lancé sous peu.
Vous pouvez découvrir mon carnet de voyages à travers quelques images du Bénin et à travers cette vidéo, extrait du festival de la musique traditionnelle.

samedi 24 mars 2007

Les masques traditionnels du Bénin

J’ai vu au cours de mes voyages dans des pays d’Afrique au sud du Sahara, beaucoup de masques en magasins et parfois des masques dansants. Pour avoir baigné dans l’environnement des masques depuis mon enfance, rien d’étonnant pour moi.
Le premier masque, je l’ai vu à trois ans. Il s’agit du masque Kaléta et j’en avais très peur. Je m’en souviens comme si c’était hier. Bien évidemment, j’ai su plus tard que c’était du divertissement et qu’il ne faut pas fuir à l’approche du Kaléta. danse_enfants_benin.jpgPourtant, nombreux sont les masques au sud du Bénin qui restent pour moi des mystères. Ils sont en effet présentés comme étant du Vaudou et seuls les adeptes ou les initiés ont le droit de les approcher. Les masques ont dans mon pays, une fonction culturelle et cultuelle très importante.
Cet article ne sera donc qu’une présentation simpliste et facile des masques au Bénin. Car en la matière, tout n’est pas dit et tout ne se dit pas. Les traditions du masque sont encore ésotériques et se transmettent lors des initiations dans les forêts sacrées ou dans des temples dédiés.
Je vois les masques en deux catégories : les masques de divertissement et les masques sacrés.

Kaléta et Buriyan
Ces deux sortes de masques sont des résidus de transmissions culturelles liées au retour des anciens esclaves brésiliens sur la Côte des esclaves au XIXème siècle. Ils sont très proches des masques des carnavals du Brésil actuel.benin_buriyan_masque.jpg
D’un côté le'' Kaléta'' reste une danse festive et joyeuse des enfants, dans les rues en période de Noël. De l’autre, le Buriyan est utilisé pour égayer les fêtes et les cérémonies principalement chez les Agouda (milieu afro-brésilien de Ouidah et de Porto-Novo). Il alterne danses et comédies mettant en exergue différents personnages. A ces deux masques, on peut ajouter les échassiers masqués qui jouent pratiquement le même rôle.benin_echassier_masque.jpg

Le deuxième groupe de masques regroupe ceux qui sont considérés comme étant sacrés et ayant une fonction cultuelle bien déterminée. IL faut distinguer également dans cette catégorie, les masques objets et les masques animés.

Les masques objets :
Il s’agit de tous les masques en bois, en terre cuite, en métal qui représentent les jumeaux, les ancêtres ou des divinités.

Les jumeaux
Les jumeaux (Ibédji, Hovi) sont presque vénérés dans la culture fon et yoruba. La tradition et les croyances considèrent qu’ils apportent la paix, la prospérité, le bonheur dans le foyer où ils sont nés. Quand un jumeau meurt, une figurine sensée le représenter est sculptée. La statuette est supposée conserver son âme. Les parents du défunt ont l’obligation de prendre soin indéfiniment et symboliquement de cette statuette (nourriture, bain, vêtement…) comme s’il était vivant.

Les divinités
On les retrouve au marché, sur les places publiques, devant des maisons, à l’entrée de villages, dans les couvents et dans les sanctuaires et temples du Vaudou etc. Des soins sont également pris et des cérémonies sont faites souvent pour toutes ces masques qui sont l’incarnation physique d’un esprit, d’un ancêtre ou d’une divinité. Ces masques jouent un rôle très important dans les représentations et dans les croyances.

Les masques animés
Ils sont considérés aussi comme étant des Vaudous, c'est-à-dire des divinités incarnées. On en distingue plusieurs sortes :

Zangbéto
Littéralement signifie en langue Fon, « l’Homme de la nuit ». Dans les anciens royaumes du sud du Bénin (Porto-Novo notamment) , ils jouent le rôle de gendarme. Ce rôle de sécurité dévolue subsiste encore aujourd’hui. Ce masque peut être vu en journée avec son accoutrement en forme d’une case conique en pailles. masque_zangbeto_benin.jpgA l’occasion de cérémonies, ils sortent, dansent et exécutent de tour de « magies ». Ils parlent souvent mais leurs paroles sont souvent entrecoupées de sons de trompe en corne. Mais le ''Zangbéto'', comme son nom l’indique (Homme de la nuit) est un masque noctambule. Il a une grande activité la nuit. Seuls les initiés ont le droit de participer à ces activités. Je ne peux pas en dire davantage. Sachez simplement, qu’ils jouent un rôle de sécurisation de l’endroit où ils sortent la nuit.


Egun ou Kouvito
Il s’agit des maques revenants. Ce sont des masques de la culture Yorouba, qu’on retrouve également chez les Fon. Ils incarnent les défunts d’une famille ou d’une collectivité familiale. Ils sortent surtout dans le cadre de cérémonie consacrées aux défunts. Ils font d’abord le tour de la ville ou du village avant de donner un grand spectacle à la place publique. Certains de ces masques aiment courir après les enfants et adolescents qu’ils flagellent au passage. Ils parlent, souvent en Yoruba, avec une voix nasillarde. Il est recommandé de ne pas les toucher et d’éviter que leur accoutrement ne vous touche. Car ça porte malheur selon la tradition.


Guèlèdè
C’est le masque spécifique de sociétés secrètes des femmes de la culture Nago-Yoruba du Bénin. Les hommes accompagnent en tant que porteurs de masques et musiciens. Le rituel de ce masque exprime la mauvaise conscience de l’homme vis-à-vis de la femme et loue par la même occasion, la déesse mère créatrice Odoudoua. Le Gèlèdè sort donc pour apaiser les femmes et ramener l’harmonie sociale. La danse des masques est précédée d’une grande cérémonie nocturne à distinguer de la danse festive en journée. La danse Guèlèdè est inscrite au patrimoine mondial intangible par l’Unesco. Benin-masque_guelede.jpg


Oro
C’est aussi un masque caractéristique de l’aire culturelle Yoruba. C’est un masque qui abrite les forêts sacrées. Seuls les initiés peuvent participer aux rituels de ce masque qui sort essentiellement la nuit. De grandes cérémonies annuelles ont lieu dans certaines localités du sud-est du Bénin. Lors de ces cérémonies qui peuvent durer plusieurs jours parfois, il est strictement interdit aux non initiés de mettre le nez dehors.


Bliguédé
C’est un masque de société secrète de nuit. Il sort donc la nuit et joue, semble t-il, un rôle de sécurisation physique et métaphysique. Il est conseillé d’éviter le secteur où ils (masques et accompagnateurs) sont la nuit. C’est un masque que j’ai rencontré dans des villages de l’aire culturelle Aïzo au Sud du Bénin. Leurs cérémonies sont signalées à l’entrée des villages par un long bambou planté, décoré de rameaux de palmier.


La liste des masques n’est pas exhaustive et ce texte n’est qu’un indicatif, une brève présentation de la richesse culturelle que constituent les masques au Bénin. Il est cependant très important de signaler que le pays est fortement axé sur les valeurs et le patrimoine traditionnels. Ces différents rituels des masques sont des pratiques ancestrales qui subsistent aux changements sociaux et à la modernisation. C’est d’ailleurs grâce à ces dernières que des forêts sacrées existent encore aujourd’hui.

C’est bien et intéressant d’aller voir les masques danser lors des cérémonies organisées en journées et au cours des quelles des spectateurs non initiés sont admis. En revanche, il ne faut JAMAIS s’amuser à braver les interdits et chercher à percer le secret des masques la nuit surtout. Cela relève du domaine du tabou, de l’inviolable. Ceux qui veulent en savoir davantage peuvent demander l’initiation.

jeudi 15 février 2007

OGM : La bourde d’un universitaire béninois

Le débat sur les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) qui fait rage depuis plusieurs années en Occident et même dans plusieurs pays africains, vient à peine de commencer au Bénin qu’un universitaire, trop emballé a déjà mis le pied dans le plat.
bananier.jpg« C’est parce que vous n’avez jamais connu la faim que vous vous permettez de critiquer les OGM », a déclaré dimanche matin 11 Février 2007, sur une émission de la radio nationale, le professeur Etienne KOUDANDE de l’Université d’Abomey-Calavi, la plus grande du Bénin, avant de reprendre à son compte un adage local qui voudrait "qu’il vaille mieux mourir d’une intoxication alimentaire que de faim". Etienne KOUDANDE réagissait ainsi aux tirs groupés – non sans fondement- de ses interlocuteurs contre l’industrie des OGM. Ce scientifique n’a peut-être pas tort puisque devant la rigueur de la faim, il n’est pas toujours évident de se poser des questions sur la qualité de ce qu’on ingurgite. Mais la question qui se pose c’est bien la pertinence et l’opportunité de tels propos de la part justement de quelqu’un qui est payé par le contribuable pour rendre sa vie plus facile et moins exposé aux risques. A-t-on le droit au nom d’une prétendue lutte contre la faim de donner le coup de grâce à l’affamé? C’est tout un débat d’éthique. Surtout que – c’est connu – les intérêts financiers en jeu sont énormes.
Il est vrai que les conséquences sanitaires des OGM sur l’organisme humain sont encore très peu connues. Il est vrai aussi que les grosses firmes agroalimentaires qui soutiennent ces cultures financent sans compter toutes les initiatives, toutes les actions surtout celles des scientifiques visant à leur dégager des marchés. Il est vrai enfin que monsieur KOUDANDE, du fait de sa position privilégiée ne risque pas de devoir consommer des OGM, donc d’en mourir, s’il en fallait.
Et puis, vous savez quoi ? Il a oublié de présenter des excuses aux béninois comme le lui demandé un auditeur.

jeudi 8 février 2007

Bénin, les caméras de France2 Tv sur la filière de véhicules d'occasion.

« Les voitures connaissent, pour la plupart d’entre elles, une seconde vie…L’Afrique est, depuis des dizaines d’années, la première terre d’élection pour des milliers de véhicules d’occasion…Les filières sont bien en place…Enquête, au Bénin, de nos envoyés spéciaux … »
 C’est par ces propos que le reportage sur le Bénin a été introduit hier (06/02/07) soir sur le JT. On nous explique en substance comment la filière fonctionne et qui sont les destinataires des véhicules d’occasion. Le reportage a souligné au passage le talent des mécaniciens et garagistes béninois qui ressuscitent les voitures pourries (venues de l’Europe) et qui leur donnent la chance de vivre longtemps.
Cependant, je suis resté sur ma faim. Le reportage n’a pas montré comment la filière était organisée à partir de l’Europe. Il n’a pas évoqué non plus les problèmes environnementaux que constituent ces voitures qui s’en vont mourir en Afrique. Je trouve par ailleurs bizarre le sous-titrage des interviews présentées dans le reportage, surtout que les phrases utilisées par les interviewés étaient quasiment reprises. Est-ce qu’ils parlaient un français de martiens ? Est-ce parce qu’ils avaient un petit accent ? Faites vous une opinion en allant voir le reportage sur le site de France2

jeudi 1 février 2007

Le temps "élastique".

paris_spectacle_ete.gif« Souriez ». Une interpellation impérative qui me sort de la torpeur. En face, un homme, la cinquantaine, qui vient de descendre d’un bus, lui non plus ne souriait pas. C’est "du lard ou du cochon"? Je me demande. Je lui sers un sourire grimacé et forcé, le temps de le croiser. « C’est beaucoup mieux comme ça » m’a t-il répondu en continuant son chemin. Trente mètres plus loin, un SDF, un verre à la main, me lance avec vigueur « bon après-midi chef ! ». Décidément, c’est le jour des apostrophes, choses rares pour moi à Paris. En fait, cet après-midi j’ai trois quarts d’heure d’avance sur un rendez-vous à la maison de la radio. Du coup, je découvre le 16ème. Je me suis offert cette balade afin de "tuer le temps" comme on le dit. Et cette interpellation à sourire tombe bien. Elle alimente ma réflexion de promeneur solitaire. J’essaie de comprendre pourquoi ce parisien me voulait tout sourire. Car j’ai toujours eu l’impression qu’à Paris, les gens font la tête et sont pressés.
C’est alors qu’un proverbe africain me vient à l’esprit.
« Tous les blancs ont une montre, mais ils n'ont jamais le temps ». Ce proverbe illustre bien les différences dans la gestion du temps entre l’Afrique et l’Europe. La notion de temps n’est pas perçue de la même façon ici et là-bas. Il est souvent dit en Afrique que le temps est "élastique". Prendre son temps pour bien faire, répond peut-être à une logique culturelle qui veut que la personne âgée soit posée. Seuls les gamins vont vite parler ou vite marcher. L’adulte est comme un caméléon qui use de prudence dans les gestes afin de faire les choses à bon escient. Les retards font partie de la vie quotidienne. Les rendez-vous prennent souvent 15mn, 30mn, une heure de retard voire reportés in extremis. Et les organisateurs d’événement fixent souvent l’heure de démarrage en y joignant une marge obligatoire.
Avant, mon voyage sur la France, dans les couloirs du consulat de France à Cotonou, j’ai souvent entendu les demandeurs de visa pester à tord ou à raison contre « le pays où l’on court tout le temps » ; affirmant ne pas comprendre les tracas qu’ils subissent avant d’obtenir le visa. Ces derniers pensent ne pas pouvoir supporter la vie en occident pendant plus de deux semaines. Pour eux, les agents du consulat ont tout faux à les suspecter d’être des candidats à l’immigration.
J’ai fait ma propre expérience depuis que je suis en France. Evidemment, les débuts ont été très difficiles. Il fallait être "pile poil" à l’heure aux cours, aux rendez-vous. Ici, l’adage du « train qui n’attend pas le voyageur » -que je connaissais - à soudain pris un sens. Tous les matins, je dois absolument prendre le bon train à la bonne heure, autrement, je rate ma journée. J’ai donc appris à « speeder » comme on le dit ici. Je fais comme tout le monde en quelque sorte. Je ne pouvais pas faire autrement. D’ailleurs, je suis très content de ma rapide adaptation. Il m’arrive pourtant d’avoir la nostalgie du temps "élastique", cool, sans stress. Je crois plutôt que c’est la convivialité des rencontres dans la rue, la chaleur dans les regards, le petit bonjour et la chaîne interminable d’amis qui doivent surtout me manquer. Car ici en France, ce n’est pas pareil. Le temps glacial souvent grisonnant et la froideur des regards génèrent une atmosphère lourde et rébarbative, dans les transports en commun surtout. Même dans un bus, un métro ou un train archi plein, chacun est à la fois anonyme et absent. Les harangues des artistes ambulants et de ceux qui font la manche parviennent difficilement à attirer les regards. Bien évidemment, j’ai sans doute pris le pli, moi aussi. Toutefois, j’ai eu l’occasion de voir que l’été, les gens sont plus conviviaux et plus détendus. Ils sont en vacances, le stress tombe, il fait chaud et tout ralentit. C’est donc facile d’avoir des « bonjour » dans la rue.
L’Europe et l’Afrique, n’ont pas la même montre. Mais je pense que chacun gagnerait à emprunter un bout de l’autre. L’Afrique gagnerait peut-être à mieux gérer le temps et l’Europe aurait à apprendre la convivialité.

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